Nouvelle volées, nouveaux élèves, nouvelles descriptions, mêmes valeurs et mêmes objectifs.
Parfois, lors d'un début de cycle, on a envie de tout changer. C'est ce qui m'est arrivé en 2022, lorsque je suis passé à une classe – plus – coopérative et aux ceintures de compétences. En 2024, j'ai gardé ces nouveautés, changé de local classe et ajouté des éléments plus qualitatifs, comme un début de journée quotidien au coin rassemblement, un accent bien plus important sur l'apprendre à apprendre et quelques nouveaux cours.

Ce qui ne change pas
Beaucoup de choses lancées ces dernières années sont devenus des piliers de mon enseignement ou de ma vie de classe et ne changeront pas :
- l'accueil quotidien au fond de la classe, avec le jardin des émotions et un rituel quotidien (cercle de la patate, histoire...)
- les plans de maths
- les ceintures de compétences
- les petits travaux en groupes
- l'enseignement par modules pour la connaissance de l'environnement (géographie, citoyenneté, histoire, éthique, cultures religieuses, sciences)
- le cahier d'écriture et les fiches de maths en routines de devoirs.
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Ce qui change tout
Pourtant, il y a un facteur – ou plutôt 19 – qui changent profondément la donne : mes nouveaux élèves. Si je garde en grande partie les mêmes activités et les mêmes lignes directrices en termes de vie de classe, l'accueil, l'apprivoisement et la construction d'un groupe-classe cohérent et vivant se fait à partir d'eux, de leurs histoires, de leurs caractères et capacités particulières. Bien sûr que certains éléments se retrouvent d'année en année, mais la forme concrète et réelle que prend la classe est autant liée aux élèves et à leurs besoins qu'aux visées pédagogiques des enseignants.
C'est à recommencer à chaque nouvelle volée et la prise rapide n'est jamais garantie !

Regarder tous la même direction

Depuis quelques années, j'ai un arrière-goût un peu désagréable. Avec la multiplication des diagnostiques, des appuis et des aides en tout genre, j'ai la sensation que l'on détricote la classe pour augmenter les individualités, que l'on sort du groupe les élèves qui ont une étiquette, leur donnant des droits spécifiques et que le bon sens et l'équité – principalement envers ceux qui ont des besoins mais ne sont pas étiquetés – perd du terrain. Je me rappelle encore de cette maman qui, après avoir fait le tour d'une dizaine de spécialistes, avait enfin reçu un diagnostique pour son enfant – c'était certainement une bonne chose – et s'était empressée de venir en classe avec la liste de tout ce qu'il fallait que je fasse de manière spécifique pour son enfant qui avait des besoins particuliers.
J'aime beaucoup la comparaison des aides accordées aux élèves à besoins particuliers avec les lunettes que l'on donne au myope – que je suis. Il s'agit de donner des outils pour que l'élève puisse regarder dans la même direction et atteindre les mêmes objectifs que ses pairs et non qu'il tourne en rond dans son petit monde spécifique.
Nicolas Durand indique que, dans ses plans de travail, tous les élèves ont des facilités et des difficultés, qu'ils doivent tous créer leur propre chemin pour atteindre les objectifs, et que tous y arriveront, avec plus ou moins d'étayage de la part de l'enseignant.
Cette année, je désire fixer des objectifs simples et clairs, que tous viseront et certainement atteindront, et leur donner les outils et la relation pour les atteindre.
Garder les fondamentaux, adapter les manières de faire
Ainsi, mes lignes directrices restent sensiblement les mêmes :
- le trio « LAR » : liberté, autonomie et responsabilité, à mettre en place petit à petit, avec un guidage adapté puis relâché en fonction des capacités des élèves
- l’apprentissage des travaux de groupes, le plus vite possible
- les routines d’écriture, dans quelques semaines
- le travail dans les ceintures, dans quelques semaines ou mois
Les valeurs sont bien présentes, peut-être encore plus tangibles que les copies des premiers apprentissages, mais ce sont le vécu et les besoins du groupe qui décideront de l’ordre et de la vitesse de leur mise en place.
En écrivant cet article, au frais et au calme, sur le balcon du chalet, je ne peux empêcher un sentiment de légère panique de monter en moi : vais-je y arriver ? est-ce que je ne vais pas oublier quelque chose d’important ? comment est-ce que j’avais fait la dernière fois pour que tout fonctionne si bien pendant deux ans ? comment reprendre les éléments déterminants sans vouloir reproduire une recette unique ? Je crois que c’est naturel et normal. Finalement, chaque nouvelle volée est un nouveau commencement. Nous avons des clés en main, mais les portes à ouvrir ne nous appartiennent pas et le travail de composition est bien inégal entre un — ou deux — adulte et une vingtaine d’enfants. Et comme pour la mayonnaise, lier le tout est chaque fois un miracle.
Bonne rentrée !
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