Ma matière préférée n'est pas explicitement au programme.
Elle n'est pas évaluée et pourtant est une composante de toutes nos évaluations.
Elle n'a pas de manuel, de programme, de progression des apprentissages officiels et, pourtant, elle est derrière ceux de toutes les autres matières. Mieux, c'est cette matière qui permettra aux élèves d'accéder et d'acquérir tous les autres apprentissages.
Cela fait déjà bien des années que j'ai été attiré par cette compétence transversale, véritable colonne vertébrale de toute la vie scolaire... parce que mes côtés un peu ingénieur d'enseignement et administrateur de la vie de classe penchaient déjà vers ces éléments, peut-être faussement plus attribués au monde de l'entreprise qu'à celui de l'école.
Cette matière qui n'en est pas tout à fait une, c'est apprendre à apprendre.
Les formations Maître de son temps pour les enseignants n'étaient qu'un début. Ce que j'ai découvert, planifié et enseigné pour les enseignants, je veux aussi le décliner de manière moins formelle dans ma classe. Parce que les élèves en ont aussi besoin. Peut-être encore plus que nous !

Plusieurs de mes élèves m'ont demandé des cours d'apprendre à apprendre ces dernières années. Cette dimension prend de plus en plus de place dans ma vie de classe, en particulier en début de cycle, où je me trouve actuellement.
Le super pouvoir de la matière

Cette matière n'est pas complexe, elle ne demande pas d'apprendre par cœur des définitions, elle est pratique et un mot peut parfois suffire à tout changer. L'écart entre les élèves est gigantesque, peut-être aussi grand qu'entre un élève lecteur et un autre pas encore lecteur, mais l'apprentissage peut aller très vite, en particulier si l'élève comprend les enjeux et les apports dont il peut bénéficier immédiatement. Ce n'est pas une matière pour plus tard, c'est utile dès aujourd'hui!
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Les composantes
Apprendre à apprendre, c'est un ensemble de réflexes, de pratiques, d'attentions ; c'est une série d'outils qui permettent de mieux progresser dans les différents apprentissages. Vous en avez déjà tous fait sans le savoir... mais ce n'est pas une raison pour ne pas aborder ces notions parfois de manière explicite.
Apprendre à apprendre n'est pas une matière limitée à quelques trucs exotiques ou à un ensemble de règles, c'est un ensemble de compétences qui dépassent largement la vie et les apprentissages scolaires :
- le fonctionnement de l'apprentissage et de la mémorisation : quels sont les mécanismes qui font que j'apprends vraiment, au-delà de montrer que j'ai fait mon travail.
- l'organisation de son espace de travail et la gestion de ses outils de travail, comme prendre les bons documents pour travailler une notion ou préparer une évaluation.
- la gestion de son temps, pour ne pas effectuer tous les devoirs le dernier soir, et se retrouver piégé par une tâche un peu plus longue que prévu.
- la réflexion sur le sujet de l'apprentissage : ce qu'on doit connaître, savoir faire, parfois comment être également.
- ...
Ces éléments sont à aborder la plupart du temps en situation, quitte à prendre quelques minutes pour les institutionnaliser de temps à autres. Par exemple...
- Lorsque les élèves effectuent une activité de mathématiques qui demande d'avoir un livre et un cahier ouverts devant eux, leur expliquer qu'ils doivent placer le cahier dans lequel ils écrivent près d'eux et le livre un peu plus loin.
- Lorsqu'ils ont une dictée à apprendre, leur expliquer qu'il ne s'agit pas de la revoir la soirée d'avant, mais de réviser petit à petit chaque jour, en particulier les mots qui nous sont moins connus ou les règles que l'on a plus de peine à appliquer.
- Lorsque les élèves effectuent une activité sur fiche, ils visent souvent de terminer la fiche, pas forcément de retenir un élément ou d'entraîner une compétence. Présenter ces éléments de manière explicite peut les aider à non seulement effectuer la tâche visible, mais aussi à apprendre l'objet de cette tâche. Ce n'est hélas pas parce que les élèves effectueront correctement toutes les fiches de conjugaison qu'ils sauront conjuguer les verbes de 5 ou 6P au présent !
Le sens de l'école

Enseigner l'apprendre à apprendre ne serait pas complet sans enseigner de manière explicite le sens de l'école. Pourquoi est-ce que je viens à l'école ? Est-ce que je viendrais si je n'étais pas obligé ? Pour y faire quoi ?
Lorsqu'on se penche sur les objectifs énoncés par les élèves et ceux qui font partie de notre cahier des charges, on ne peut que constater un fossé abyssal que l'on ne peut combler de manière autoritaire ou en faisant l'impasse sur son existence.
Il faut comprendre le sens d'un projet pour y adhérer,
il faut savoir ce que l'on peut retirer de l'école
pour utiliser cette opportunité à bon escient.
Il n'est pas nécessaire d'entrer dans de grands discours philosophiques, surtout avec des élèves plus jeunes. Ces quelques éléments peuvent suffire :
- apprendre les compétences de base : lire, écrire, calculer.
- apprendre à vivre ensemble : jouer et apprendre avec d'autres, régler les inévitables conflits.
- faire travailler le cerveau et dépasser les limites.
- développer l'autonomie, la capacité à faire seul ce qu'on sait devoir faire.
- découvrir des choses que l'on n'imagine même pas.
- confronter ses idées à celles des autres
Ces dernières années, en début de 6e – la deuxième année que je passe avec mes élèves – j'aime prendre le temps d'explorer un peu plus profondément cette question, entre autres avec les séquences d'un reportage venu d'ailleurs qui montre la motivation et les difficultés d'autres enfants du monde.


Conclusion temporaire et nostalgique
Il me semble que jadis plusieurs de ces éléments étaient naturellement posés dans les familles, dans le cadre qu'elles proposaient et maintenaient.
Bien sûr que, dans une classe de 40 élèves tenue de main de maître par un enseignant sévère, il y avait peu de chances de devoir faire face à une ambiance d'apprentissage bruyante, de choisir quand et comment effectuer une tâche... On le faisait simplement. Sans savoir pourquoi, comment, quand.
Il n'y avait pas d'apprentissage des méthodes de travail, mais il y avait les conditions pour apprendre...
Bien sûr, un jour, elles n'étaient plus suffisantes. En secondaire. Au gymnase. À l'université, peut-être pour les meilleurs.
Aujourd'hui, les éléments extérieurs ne sont plus suffisants et les élèves doivent apprendre à apprendre de plus en plus jeunes. En plus du reste. Choisir et faire. Parfois, je me demande si ce n'est pas trop leur demander. À certains d'entre eux au moins...
Dans le prochain billet, nous verrons plus en détail sur les différents éléments de cette matière qui soutient tous les autres apprentissages scolaires.
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