Les évaluations sont des passages obligés à l'école actuellement.

Le stress, tant pour les élèves que pour les enseignants, ne fait pas partie des critères d'évaluation.

Le superpouvoir d'aujourd'hui donne des pistes pour le mettre hors course ou, tout au moins, le réduire à sa part stimulante.

Le stress de l'enseignant

Du côté de l'enseignant, on peut se sentir jugé, évalué en fonction des résultats des élèves. Un élève qui échoue peut nous faire douter de notre pédagogie, de la mise en œuvre de l'évaluation ou de sa conception, voire de notre capacité à déceler les difficultés et à fournir aux élèves des possibilités de les surmonter.

Il y a du vrai dans tout cela, mais n'oublions pas cela...

Notre mission, c'est de permettre à chaque élève de progresser, quel que soit son niveau.
Pas forcément de combler les lacunes qui sont les siennes.

Lorsque mes élèves passent leur évaluation, mon premier élément de satisfaction personnelle, c'est que les élèves les plus faibles aient un bon retour sur leur investissement. Il y a donc un équilibre dans cette perception entre la part qui est la mienne et celle qui est la leur.

Si je prends en exemple les dictées flash que nous réalisons régulièrement, ma part est de leur donner le meilleur entraînement en classe par des activités régulières, de retours formatifs et des outils pour retenir l'orthographe des mots. La part de l'élève sera de prolonger l'apprentissage à la maison, en fonction de ses besoins, mis en lumière lors des activités en classe.

Dictées flash - ENSEIGNER.org
Nouvelles dictées Depuis 18 mois, ma collègue et moi avons entrepris de réécrire les dictées flash : plus précises sur les apprentissages et plus adaptées au niveau des élèves. Après la publication des dictées de 6P l’an dernier, les dictées de 5P sont maintenant disponibles. Apparues en France et au Canada, ces dictées s’appellent « flash » […]

De plus, des circonstances diverses et variées en dehors de mon cercle d'influence peuvent se produire ce jour-là : mauvaise nuit, début de maladie, dispute à la maison ou sur le chemin de l'école...

Si notre rôle est de préparer l'élève à l'évaluation et de lui permettre de la passer dans les meilleures conditions, c'est bien lui qui est évalué et le retour en miroir que cette évaluation nous renvoie doit être pris avec distance et sagesse.

Le stress de l'élève

Une des grandes sources de stress est l'inconnu : ne pas savoir sur quoi on est évalué, quelle forme prendra cette évaluation, quand elle aura lieu, quelles sont les conséquences d'une évaluation réussie ou échouée.

Notre rôle d'enseignant va débuter par les réponses à ces différentes questions :

  • Définir clairement les objectifs de l'évaluation ainsi que les critères de réussite. Depuis la dernière réforme du cadre de l'évaluation dans le canton de Vaud, tant les objectifs que les critères doivent être fournis à l'élève. Ainsi, il pourra délimiter la matière, mais également les savoirs et savoir-faire qu'il devra démontrer. Depuis l'entrée en vigueur des nouveaux moyens d'enseignement des mathématiques, j'accompagne l'annonce de ces éléments par des corrigés de quelques exercices des plans de travail afin que l'élève – et ses parents – puisse non seulement comprendre, mais aussi réviser chaque critère de l'évaluation à venir.
  • Concernant la forme, il s'agit de définir la manière dont l'élève sera évalué : généralement individuelle et écrite pour des mathématiques, mais peut-être devant la classe avec possibilité ou non de se cacher pour réciter une poésie ou produire une chanson.
  • Donner du temps à l'élève pour préparer une évaluation est souvent une bonne chose. J'aime laisser une à deux semaines entre la fin de l'enseignement d'une séquence et le moment de l'évaluation. Cela permet aux élèves de revoir les notions sans le stress du délai – même si tous ne prennent pas la balle au bond ! – et de pouvoir poser des questions quant à leurs révisions. Oui, ça arrive 😄.
  • Finalement, expliquer le fonctionnement des notes et la portée d'une évaluation réussie ou échouée leur permettra de savoir à l'avance les conséquences. Est-ce une note indicative ou définitive ? Quelle est sa part dans le total annuel ? Aura-t-il l'occasion de se rattraper ? Bien sûr, il s'agit d'évaluer la compréhension et la connaissance de notions et d'actions, mais, au-delà, un des stress auquel nous devons parer est vais-je passer dans la classe supérieure ?

Mais assez parlé de l'enseignant, qu'en est-il du côté élève ?

Se préparer pour l'évaluation

Les élèves, surtout jeunes, peuvent vivre le temps d'évaluation de manière passive :

L'enseignant m'évalue, mes parents m'aident à réviser... et je ferai de mon mieux pour réussir.

Les élèves peuvent largement progresser dans leur implication dans l'évaluation et nous pouvons le leur apprendre.

Tout d'abord, les informations que nous allons leur donner vont leur permettre de se sentir – plus – concernés : quoi, comment, quand... Mais donner les informations ne suffit pas, il faut qu'ils les comprennent et les prennent en compte.

D'autres facteurs peuvent entraîner un stress plus ou moins important à l'approche de l'évaluation ou lors de la passation de celle-ci. Pêle-mêle, citons...

  • la peur de se tromper, et de décevoir l'enseignant ou ses parents.
  • la confusion entre ce que l'élève est et ce qu'il sait ou sait faire, et donc le transfert du résultat d'une évaluation à sa valeur personnelle.
  • l'importance relative de l'évaluation : ce n'est qu'une évaluation de dix minutes et non pas le test de toute sa vie.
  • la crainte d'oublier des choses.
  • la peur de la note ou du résultat, qu'il considère encore souvent comme magique : Faites que j'aie une bonne note !
  • la peur de ne pas terminer à temps*.
  • le moment venu, le constat, correct ou erroné, qu'il n'a pas étudié assez.
  • des émotions qui peuvent l'envahir, à partir d'un ou de plusieurs des éléments ci-dessus.

*Dans ma classe, depuis bien longtemps, le temps n'est plus un critère de réussite. Les élèves passent les évaluations sans temps limite.

Pour permettre à l'élève de progresser dans sa prise en compte de l'évaluation, pour le sortir de l'effet encore magique ou encore pour lui donner un plus grand pouvoir d'agir sur la situation et ses ressentis, nous pouvons proposer plusieurs activités, à effectuer en classe ou à la maison, une fois ou régulièrement.

Astuces pour la classe & la maison

Donner des informations est un bon début, mais il faut que les élèves les prennent en compte et les utilisent pour effectivement se préparer à l'évaluation.

La fiche des 4 questions

Un champion ne se lance jamais dans une compétition sans savoir à quoi s'attendre ! Se questionner avant d'étudier permet de réviser intelligemment, pas au hasard.

L'élève peut répondre par écrit à ces questions avant de commencer à réviser :

  • "Qu'est-ce que je dois savoir exactement ?"
  • "Comment sera l'évaluation ?" (à trous, questions, dictée…)
  • "Combien de temps ai-je pour réviser ?"
  • "Qu'est-ce que je trouve le plus difficile ?"

Cette activité peut prendre la forme d'un brainstorming collectif : les élèves peuvent répondre collectivement et oralement à ces questions. Cela se fait de plus en plus dans nos classes.

La liste "je révise quoi ?"

Généralement, je distribue une fiche avec toutes les indications, numéros de page y compris, à l'annonce de l'évaluation. Mais petit à petit, il peut être utile de laisser les élèves préparer cette fiche comprenant :

  • les critères
  • les savoirs (= éléments à connaitre par coeur et à comprendre)
  • les savoir-faire (= les techniques à appliquer pour mettre en oeuvre les éléments appris).
  • les références dans les documents utilisés.

Plus ces éléments seront clairs dans la tête de l'enseignant d'abord (!) mais aussi dans la tête de l'élève – pas seulement sur sa feuille – moins le stress sera présent.

Fabrique ton contrôle

Permettre aux élèves, en classe ou à la maison, seul ou à plusieurs, de créer un contrôle à partir des informations reçues.

Le travail en groupe permet de rassembler plus d'informations mais aussi de contrôler qu'il s'agit bien des éléments attendus.

Non seulement, ils deviendront acteurs de leur apprentissage et de leurs révisions mais en plus, ils se familiariseront avec des tâches possiblement proposées.

Auto-évaluation

Proposer aux élèves d'évaluer ce qu'ils pensent savoir des différents éléments qui feront l'objet de l'évaluation, par exemple à l'aide de trois smileys : 😊 😗 ☹️.

Selon John Hattie, la capacité à s'autoévaluer est un des éléments qui permet le plus aux élèves de progresser.

Dans la vie de classe, toute une série de routines peuvent se montrer utiles le jour de l'évaluation. Par exemple, le jardin des émotions, pour dire que l'on a peur et nommer ces peurs. Ce sera l'occasion pour l'enseignant de pouvoir enseigner différentes vérités oubliées ou inconnues aux élèves :

  • l'erreur ou l'échec ne te définit pas, la réussite parfaite non plus.
  • cette évaluation n'est qu'une étape, il y en a plein d'autres.
  • rappeler les bonnes pratiques pour passer une évaluation : lire la consigne, la comprendre, la mettre en pratique, précisément ; sauter un exercice qui semble compliqué et y revenir plus tard...

Diminuer le stress de l'élève passera par différentes étapes, qu'ils atteindront plus ou moins rapidement durant leur scolarité :

  • se sentir partie prenante du processus
  • mettre en place un système qui leur permet d'être efficaces dans la préparation de l'évaluation, principalement avec les parents et l'enseignant à cet âge-là.
  • comprendre et réguler les émotions.
N'oublions pas non plus que le stress bien dosé peut être un excellent stimulant :) .